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    La Bourgogne en Héritage

    12 novembre 2016

    Région de terroirs, terrain de jeu de prédilection du Pinot Noir et du Chardonnay, la Bourgogne est sans conteste l’une des plus belles régions vinicoles au monde.

    Avec une centaine d’appellations de Chablis à Mâcon, la Bourgogne concentre pas moins de 22% des AOC sur seulement 3% du vignoble Français! Prenez la départementale 974 sur quelques kms et vous ne tarderez pas à saliver en voyant défiler les noms d’appellations mythiques comme Gevrey Chambertin, Vougeot, Morey Saint Denis, Nuits Saint Georges, Vosne Romanée et bien d’autres.

    Longtemps, les valeureux propriétaires Bourguignons sont parvenus à résister à l’envahisseur, faisant figure d’exemple face à la déferlante d’investisseurs français et étrangers débarquant ces dernières années à Bordeaux. Les terrains, organisés en climats, répartis entre plus de 4000 producteurs, se transmettaient de génération en génération, avec une attention constante portée à la sauvegarde du patrimoine et au respect du produit. Il est vrai que les investisseurs Chinois ont longtemps ignoré ces terroirs d’exception, jugés complexes et inaccessibles, en faveur du faste et des beaux contes des Châteaux Bordelais (à un point tel qu’ils font aujourd’hui venir des architectes en Chine pour reproduire certains de ces Châteaux à l’identique!).

    Mais pour combien de temps encore ?

    L’intérêt des investisseurs pour le foncier viticole n’est pas neuf. Facilité par des règles fiscales favorables, de grands groupes français n’ont pas tardé à s’emparer eux aussi d’une part du gâteau, et non des moindres. Citons à Bordeaux le Château la Lagune acquis par la famille Frey (aussi propriétaire en Champagne et en Bourgogne), les Châteaux d’Yquem et de Cheval Blanc par le groupe LVMH de Bernard Arnault.

    L’intérêt se déplace désormais vers les terres bourguignonnes. Il est vrai qu’après plusieurs millésimes compliqués, un prix du foncier qui explose (multiplié par 3 en 10 ans!), des coûts de production en hausse, des familles qui se déchirent lors des successions, les conditions sont malheureusement réunies pour laisser une porte béante aux investisseurs. C’est ainsi que le domaine familial de l’Arlot à Nuits Saint Georges est tombé fin des années 80 dans l’escarcelle du groupe AXA Millésimes. Plus proche de nous, le château de Gevrey Chambertin et ses 2 petits hectares de vignobles appartenant depuis de nombreuses générations à la famille Masson s’est ainsi vu racheté par un investisseur chinois en 2012 pour la modique somme de… 8 millions d’euros. Quand l’on sait que la propriété avait été estimée à 3,5 millions d’euros et que les producteurs locaux s’étaient mobilisés pour en proposer 5 millions, il y a de quoi se poser des questions.

    Voyons le côté positif : certaines ventes ont permis d’éviter le morcellement de belles appellations. Le Clos des Lambrays à Morey Saint Denis par exemple, vendu en 2014 au groupe LVMH (encore lui), reste une appellation en quasi-monopole. Soyons clair : aucun producteur n’aurait pu aligner 112 millions d’euros pour acquérir les 8,66 hectares de ce magnifique terroir! Autre élément positif: en vendant certaines propriétés aux investisseurs chinois, c’est un énorme marché qui s’ouvre désormais aux domaines Bourguignons. De quoi peut-être élever la notoriété de leurs appellations au même rang que les grands crus classés de Bordeaux.

    Reste à prier pour que nous autres, petits consommateurs lambda, soyons encore en mesure de nous offrir ces belles appellations d’ici quelques années…