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    Grèce : L’Assyrtiko, nouveau cépage divin ?

    9 avril 2017

     

    Avec seulement la moitié de la production des vins de Bordeaux, on pourrait penser que la Grèce a peu à offrir à nos palais français, tantôt gourmands, tantôt exigeants. Pourtant, avec ses quelques 400 cépages indigènes, la Grèce propose une palette de vins intéressants, étonnants, et diversifiés!

     

    5000 ans d’histoire

    Le culte du vin, incarné par le dieu grec Dionysos, est apparu en Grèce quelques 3000 ans avant Jesus Christ. Dans la Grèce antique, le vin était perçu comme une boisson d’élite, faisant partie intégrante de l’identité grecque. A cette époque néanmoins, la culture de la vigne s’était déjà propagée dans d’autres régions du bassin méditerranéen, d’Egypte jusqu’en Mésopotamie.

    Des jarres et autres objets participant à l’élaboration et la conservation des vins furent retrouvées lors de fouilles archéologiques, notamment en Crète et à Santorin, et datant de l’époque des Minoens. Ce sont les Mycéniens qui propagèrent la culture de la vigne et du vin dans les terres de Grèce de 1600 à 1150 avant Jésus Christ. Des restes de poteries mycéniennes retrouvées à l’étranger indiquent par ailleurs que le peuple exportait le vin produit vers la Syrie, la Palestine, l’Egypte, Chypre et l’Italie.

    Dans la poésie des premiers grands auteurs de la littérature grecque que sont Hésiode et Homer, le vin constitue un élément essentiel de la vie. Alors que les dieux boivent du nectar, les hommes boivent du vin. Le vin fait également partie des rituels de sacrifice, d’enterrement, de prières, ainsi que de traitement thérapeutique! Hésiode dans ses œuvres va même jusqu’à dépeindre les techniques de travail de la vigne.

    Aux temps modernes et à travers les colonisations successives, les Grecs ont petit à petit exporté la culture de la vigne et du vin vers nos régions, d’abord en Italie, puis vers le sud de la France et également dans les régions jouxtant la Mer Noire.

    A bien y réfléchir, on doit donc beaucoup à nos chers voisins grecs! 🙂

    La richesse économique liée au vin grec atteint son apogée au 5ème et 4ème siècle avant Jésus Christ. Par la suite, les conquêtes romaines signeront le déclin progressif des vins grecs, renforcé au 10ème siècle après Jésus-Christ par l’empereur Byzantin qui accordera le monopole du commerce du vin dans tout l’empire aux… Vénitiens!

    Au début du 20ème siécle, le vignoble grec est à son tour atteint par le fléau désormais bien connu, le phylloxera, qui aura tôt fait de décimer une bonne partie des vignes. Alors que le reste de l’Europe replante des cépages européens sur des porte greffes résistants, les Grecs préfèrent planter du « corinthiaki », raisin destiné à la production de raisins secs. Dans le même temps, les exportations de vins grecs souffrent la concurrence des autres pays producteurs et perd peu à peu du terrain. C’est ainsi que les surfaces viticoles passèrent de 200.000ha à moins de 150.000ha de nos jours.

    Pour la petite histoire, sachez qu’à la période d’apogée des vins grecs (4ème siècle avant Jésus Christ), il n’était pas rare que les producteurs rajoutent des additifs au vin de base, comme de l’eau salée et diverses herbes (cannelle, thym, galanga, girofle, miel, etc). Ces aromates avaient pour objectif d’améliorer le goût du breuvage, tandis que le sel de mer était connu pour ses qualités de conservation. Chacun se fera sa propre appréciation du goût que cela pouvait avoir… 😛

     

    Pourquoi trouve-t-on si peu de vins grecs à l’étranger ? 

    A l’heure actuelle, et malgré leur riche histoire qui perdurât des millénaires, les vins grecs font aujourd’hui partie des grands absents de nos étalages de supermarché. Et pour cause : seulement 20% de la production est exportée, et ce en majorité vers des contrées bien éloignées de nous : Australie et Etats-Unis principalement, deux pays à forte implantation grecque. Autrement dit, le vin grec est bu en majorité par les Grecs eux-mêmes. D’ailleurs les Grecs sont peu intéressés par les vins produits ailleurs, les importations comptant pour seulement 2% de leur consommation, un record!

    La consommation de vin grec en Grèce n’est pourtant pas exceptionnelle : de l’ordre de 30 litres par an par capita. Les ventes se font surtout en bag-in-box (65%), et les vins recherchés sont de qualité moyenne, le prix restant l’argument phare de vente. Les Grecs lui préfèrent encore et toujours le fameux Ouzo local, ainsi que la bière. Cela dit, les choses évoluent en Grèce comme ailleurs et la recherche de vin de qualité se fait de plus en plus présente.

    En termes d’export, si la Grèce peine à trouver preneur de par chez nous, c’est sans doute en grande partie du fait de la complexité et du nombre de cépages indigènes (près de 400!), qu’ils soient utilisés seuls ou en assemblage dans l’élaboration des vins. Hormis l’Assyrtiko de Santorin qui parvient petit à petit à trouver la reconnaissance qu’il mérite sur les marchés export, les autres cépages restent méconnus du public, et même de nombreux professionnels du vin. Imaginez devoir faire la promotion de vins avec des noms tels que Agiogirtiko ou encore Mosxofilero… de surcroît écrits en grec. Impossible !

    Sans compter qu’avec la globalisation que connaît le marché du vin de nos jours, les vins de cépages internationalement connus (Cabernet Sauvignon, Merlot, Chardonnay, etc) ont le vent en poupe auprès des consommateurs. Entre importer un Sauvignon Blanc de Nouvelle Zélande et un Malagousia grec, les professionnels de la filière ont vite fait de choisir. Et ce n’est pas tout ! Non seulement les cépages grecs sont indéchiffrables (et pas seulement du fait de l’alphabet vous l’avez compris ;-)), en plus, ils sont souvent plus chers que les vins du Nouveau Monde.

    Voici à titre d’illustration les principaux cépages grecs que l’on retrouve dans les différentes régions

     

    Un phare nommé Assyrtiko

    Restons optimistes malgré tout, les vins grecs peuvent sortir de l’ombre et tirer leur épingle du jeu dans les prochaines années, j’en suis convaincue! 🙂

    Tout d’abord, grâce à deux cépages porte drapeau : l’Assyrtiko et le Xinomavro. Non seulement, ces cépages répondent au goût des consommateurs d’aujourd’hui, ils offrent en plus une belle capacité de garde, et donc une complexité aromatique au bout de quelques années appréciée des consommateurs avertis.

    Ensuite, certains grands noms du monde du vin moderne sont grecs, et la promotion des vins à l’étranger peuvent passer par eux. Je citerai à ce titre Kostas Lazaraki, Master of Wine (plus haute distinction dans le monde professionnel du vin), que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’une dégustation des vins des îles grecques commentée par lui et organisée tout spécialement pour notre promotion!

    Enfin et comme toujours, le vin est une grande aventure humaine et il peut être porté par le charisme et la force de caractère de quelques grands producteurs, soucieux de véhiculer leur passion pour un produit d’excellence.

     

    Ma préférence à moi

    Au cours des 4 jours passés en Grèce, j’ai eu l’occasion de visiter et de déguster des vins des principales régions productrices : Péloponnèse, Thessalonique, Athènes, les îles grecques, et j’avoue avoir été en particulier bluffée par les vins blancs des îles grecques, offrant une belle palette aromatique et une belle fraîcheur, sans partir sur une acidité excessive. J’avoue avoir été conquise par certains Assyrtiko et je ne peux que vous recommander d’en chercher auprès d’un caviste un temps soi peu sérieux près de chez vous! 🙂