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ESCA

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    S.O.S. d’un vignoble en détresse

    26 octobre 2016

    Phylloxera, Mildiou, Oïdium, voilà quelques noms qui ont fait trembler le monde viti-vinicole pendant la deuxième moitié du 19ème siècle. A l’époque, une grande partie du vignoble français et européen fut détruit par un petit puceron (le phylloxera) importé des Etats-Unis qui s’attaquait aux racines des ceps, privant ainsi la plante de l’apport de nutriments essentiels à son développement, et la conduisant à une mort inévitable.

    Aujourd’hui, c’est un autre nom qui est sur toutes les lèvres : l’ESCA.

    ESCA n’est pas l’acronyme d’une ennième institution européenne ; ce n’est pas non plus le nom de code d’une mission de James Bond, ou la dernière marque de café en vogue.

    ESCA est une très ancienne maladie de la vigne qui s’attaque au bois du cep. Les Romains avaient déjà détecté sa présence il y a 2000 ans, grâce à la coloration particulière prise par la feuille. Longtemps attribuée à l’action de deux champignons (dont je vous épargnerai le nom scientifique imprononçable), l’on sait aujourd’hui que trois autres champignons participent à son développement. Si on fait le calcul, cela fait donc 5 agents pathogènes présents simultanément sur la plante!

    Au 20ème siècle, une parade fut trouvée à la prolifération de ces champignons par aspersion… d’une solution d’arséniate de soude. Cette solution fut, pour des raisons évidentes, interdite d’usage à partir de 2001.

    Conséquences ?

    Rien qu’en 2014, le vignoble français enregistrât une perte de rendement de 4,5hl/ha en moyenne, soit près de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaire! Et le problème ne cesse de s’aggraver. Dans certaines régions, la maladie touche aujourd’hui près de 30% du vignoble. Imaginez l’impact pour le vigneron!

    Suite à l’expansion du phénomène, les interprofessions de la Vigne et du Vin et l’Etat français ont mis en place un « plan de dépérissement » et plusieurs millions sur la table. Axé sur la recherche, ce plan doit permettre de trouver une solution durable et respectueuse de l’environnement (autant dire qu’on ne reviendra pas à l’arséniate de soude) le plus rapidement possible.

     

    Certaines pistes sont déjà testées, telles que le « curetage » de la vigne (photo ci-contre), véritable travail de chirurgien qui vise à débarasser l’intérieur du bois de tous les champignons pathogènes. Travail long et onéreux, cette solution reste toutefois moins chère que l’arrachage et replantage de la vigne encore pratiquée par la plupart des vignerons.

     

    Dans les couloirs des universités vitivinicoles françaises, certains bruits courent qu’un nouveau porte-greffe serait résistant à l’action de l’ESCA. Encore en phase de test, les conclusions devraient sortir d’ici quelques mois. Croisons les doigts !