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    La Géorgie, berceau de la viticulture

    22 avril 2017


    C’est dans cette région reculée d’Europe de l’Est, coincée entre les chaînes montagneuses du Caucase et la Mer Noire, que le vin serait né il y a près de 8000 ans! Des fossiles de pépins de raisins y ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques et de nombreux instruments permettant de servir le vin ont pu être datés du 3ème et 4ème millénaires avant notre ère. Et ce qui est encore davantage impressionnant et remarquable, c’est que cette région, malgré le nombre d’invasions et d’occupations qu’elle a connue au travers de l’histoire, n’a jamais cessé de produire du vin. Raison pour laquelle elle s’auto-proclame sans pudeur « le pays aux 8000 millésimes ».

    J’avoue qu’avoir passé une semaine dans ce pays m’a donné quelque peu le vertige. Fouler la terre de nos ancêtres qui ont inventé le breuvage qui fait tant d’émules aujourd’hui, ce n’est pas rien! Il faut dire que le tourisme est loin d’être la principale activité économique du pays. Ici vous ne croiserez pas un français tous les 100 mètres, même dans les quartiers dits « touristiques ». D’ailleurs, lorsque j’ai dit à mes proches que je me rendais en Géorgie dans le cadre de mon Master, beaucoup ont dû faire appel à notre cher ami Google pour pouvoir mettre le pays sur une carte!

    Non, la principale activité économique du pays, ce n’est pas le tourisme, c’est la viticulture! 🙂 En parcourant la capitale Tbilissi à pieds, on découvre des bars à vins et des caves pratiquement à chaque coin de rue. Et n’imaginez pas y trouver autre chose que du vin géorgien à base de cépages locaux (près de 500 différents). Le peuple est fier de sa tradition ancestrale et la communique avec enthousiasme 😉

     

    Au commencement était le Qvevri

    Le Qvevri est le nom géorgien attribué à l’amphore construite et utilisée dans la région depuis des millénaires pour l’élaboration du vin. Le Qvevri est fait d’argile ; il est conçu manuellement par une poignée de producteurs locaux, couche après couche, pendant trois mois, avant d’être cuit dans de grands fours en pierres pendant pas moins d’une semaine. Le produit fini a une contenance de 200 à 2000 litres, il est de forme ovoïde et de couleur ocre.

    L’intérieur du Qvevri est recouvert de cire d’abeille afin de protéger le vin de tout transfert de goût indésirable. Certains producteurs le recouvrent ensuite d’une couche de ciment afin de le rendre plus solide, notamment en cas de tremblement de terre.

    En Géorgie, les Qvevris sont enterrés sous terre dans les chais pour accueillir le précieux jus de raisins en fermentation ou le jus fermenté pendant la durée d’élevage souhaité. Une fois installé sous terre, il ne sera jamais déplacé.

    Une chose est sûre, les vins produits en Qvevris ne ressemblent à aucun autre vin que j’ai pu déguster dans ma vie. Très souvent, les moûts de raisins blancs y sont mis à macérer pendant une longue période, allant de 4 à 6 mois (contre quelques heures pour nos vins traditionnels!), ce qui leur confèrent une couleur orangée typique (raison pour laquelle ils sont appelés vins oranges ou vins ambrés). Outre la couleur, les vins blancs présentent une structure tannique en bouche que l’on ne retrouve généralement que dans les vins rouges! Assez troublant et intéressant.

    Je ne peux m’imaginer d’accord Vin-mets plus optimal que celui d’un vin de Qvevri avec la cuisine traditionnelle géorgienne, faite d’épices, de différentes viandes et fromages corsés. Sans parler des aubergines confites aux amandes, un délice! Quant aux vins rouges, ils peuvent y vieillir de quelques mois à plusieurs années et offrir un beau potentiel de garde. Avec les vins géorgiens, n’attendez pas d’arômes de fruits frais, de fraîcheur, mais plutôt des arômes de fruits secs, parfois de levure, et présentant une structure tannique importante.

     

    Quels marchés pour les vins géorgiens ?

    Vous l’aurez compris, avec des vins aussi particuliers, aussi différents de ce à quoi nous sommes habitués, le principal marché n’est pas l’Occident. De tout temps, les Géorgiens ont exporté leurs vins vers la Russie et les pays d’Europe de l’Est. En particulier les demi-doux rouges occupaient une place de choix auprès de la famille royale russe. Pendant l’occupation soviétique (des années 60 à 90), la production de masse est privilégié et les vignes occupent les vastes plaines en aval de la chaîne du Causase. La qualité des vins diminue en parallèle, les Russes souhaitant produire un vin le moins cher possible. A la fin de l’occupation soviétique, les propriétaires géorgiens récupèrent petit à petit leurs terres et un long travail de reconstruction commence dans le vignoble, afin de retrouver la qualité perdue des vins géorgiens.

    La Russie reste un importateur important mais la Géorgie entend diversifier sa clientèle afin de réduire l’emprise russe et se tourne vers les marchés européens. Ce choix lui aura valu un embargo des Russes sur tous les produits exports à partir de 2006 (surtout vins, fruits et légumes), mais sera perçu comme une véritable aubaine pour les Géorgiens, désormais libres de produire un vin plus qualitatif et de faire connaître leurs vins si particuliers au monde entier. Les zones de production s’étendent un peu partout dans le pays (on compte aujourd’hui 10 zones de production) ; le volume produit a presque quadruplé en l’espace de 10 ans, atteignant 110 millions de litres en 2016. À noter tout de même que toute la production n’est pas issue de qvevris, loin de la. Les Géorgiens ont fait appel ces dernières années à des œnologues européens de renom afin d’améliorer leurs méthodes de vinification et de produire un vin plus accessible sur les marchés internationaux.

     

    Un vin ancestral qui surfe sur la tendance du marché

    Aujourd’hui, les vins géorgiens peuvent se permettre de surfer sur la vague des vins natures, de plus en plus tendances à travers le monde. D’ailleurs, les qvevris eux-mêmes commencent à avoir la cote chez les producteurs français, qui n’hésitent plus à faire des essais de vinification en qvevris… importés dans certains cas de Géorgie! 🙂