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    L’Afrique du Sud, pays du Nouveau Monde au long héritage

    27 février 2017

    Cela ne fait qu’une vingtaine d’années que nous trouvons dans nos rayons des vins d’Afrique du Sud, et pourtant… La production de vin dans ce beau pays remonte à bien plus longtemps. Son évolution fut pendant plusieurs siècles intimement liée à l’histoire et aux intérêts économiques des grandes puissances du monde et en particulier des pays colonisateurs.

    Aux origines étaient les Hollandais

    C’est vers 1655 que le gouverneur néerlandais Jan Van Riebeeck installé dans la région y plantât les premières vignes de cépages français, espagnols et allemands. Fin du 17ème siècle, les vins d’Afrique du Sud, en particulier les vins doux de la région Constancia, acquirent une belle réputation auprès des cours européennes. Peu à peu, le vin de la région prît de l’essor grâce à sa position maritime stratégique. Les navires anglais se ravitaillaient au Cap avant de poursuivre leur route jusqu’aux Indes. Ce succès perdurera jusqu’au milieu du 19ème siècle, lorsque l’Angleterre et la France mirent un terme à leur folies des grandeurs respectives et signèrent, entre autres choses, un accord commercial concernant l’importation des vins français. Un malheur n’arrivant jamais seul, l’Afrique du Sud subit dans la foulée la crise du phylloxera, détruisant une grande partie des vignobles.

    Début 20ème siècle, les producteurs, sous l’impulsion du KWV (monopole d’état), replantèrent du Chenin, cépage très productif permettant de produire de gros volumes de vins mais aussi le fameux Brandy! Malheureusement, volumes et qualité sont rarement, pour ne pas dire jamais, compatibles lorsque l’on parle de vin, et cette politique de production de masse ne permit pas aux vins sud-africains de se démarquer face aux autres pays du « nouveau monde »… que du contraire.

    Les stigmates de l’Apartheid

    En 1994, Nelson Mandela est élu premier président noir d’Afrique du Sud. Cette élection fait suite à l’abolition de l’Apartheid dans le pays, à la fin de la ségrégation raciale imposée par les Afrikaners aux noirs pendant plusieurs siècles. Cette élection signe également la reprise des transactions commerciales avec l’Europe et les Etats-Unis, après un embargo de plusieurs années. C’est ainsi que les vins sud-africains arrivèrent en Europe, tout d’abord dans des magasins de vin spécialisés, et puis de plus en plus dans les supermarchés.

    Depuis 20 ans, l’Afrique du Sud est en pleine reconstruction. Les noirs ont désormais accès à l’enseignement supérieur ; des programmes d’aide sont créés afin de leur apporter les compétences nécessaires à la gestion d’un domaine, qu’il s’agisse de vignes, d’oliviers ou encore d’agrumes. Le gouvernement s’est fixé des objectifs à 10 ans concernant l’accès à la propriété de terres cultivables. Néanmoins, le chemin à parcourir pour obtenir une équité noirs – blancs reste jalonné d’embûches.

    Au Cap ou dans des villes de plus petites tailles, j’ai été frappée par le manque de mixité entre les blancs et les noirs, que ce soit en termes de travail (compétences, responsabilités) ou de loisirs (sports, restaurants, …). Et les bidons-villes continuent de faire partie du paysage habituel en bordure des villes. Les noirs ne possèdent encore aujourd’hui que 2,5% des terres viticoles, alors qu’ils représentent 90% de la population! Il faut dire que le secteur reste sous-valorisé dans le pays par rapport à d’autres secteurs agricoles. En moyenne, la vente d’agrumes paie 10 fois plus que celle de raisins! Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de constater une diminution de la surface de production de raisin passée de 105000 hectares en 2011 à 96000 en 2016.

    Les challenges de demain

    Les vins sud-africains subissent aujourd’hui une double peine.
    D’une part, la consommation intérieure de vin est extrêmement faible. Et pour cause, 90% de la population est noire et non consommatrice de vin, lui préférant la bière et les alcools « easy to drink », produits moins chers et standardisés.

    D’autre part, l’image des vins sud-africains dans les pays occidentaux reste celle d’un vin d’entrée de gamme, peu qualitatif et peu différencié. Là où la Nouvelle-Zélande a parfaitement réussi son opération séduction des marchés occidentaux avec une offre claire et un cépage phare, reconnaissable et fortement apprécié, le Sauvignon blanc, l’Afrique du Sud peine encore à développer une image de marque sur le plan international. Les vins ne sont pas suffisamment valorisés, et subissent les fluctuations du rand face au dollar et à l’euro.

    Enfin, le réchauffement climatique ne favorise pas ici non plus la production de raisins (voir mon article sur le sujet ici). Dans des régions comme le Swartland (autrement appelé « Hell Land » tellement il y fait chaud), les températures moyennes des quatre mois d’été sont de l’ordre de 30 degrés. L’irrigation y est impossible faute de source d’eau, les paysages sont quasi désertiques. En conséquence, les rendements y sont de 5 à 10 fois inférieurs au reste du pays.

    Quels sont les atouts des vins sud-africains ?

    Heureusement, le pays possède plusieurs atouts sur lesquels miser.

    Tout d’abord, il y a le fameux Pinotage, cépage mis au point début du 20ème siècle par un professeur en viticulture de l’université de Stellenbosch, Abraham Irak Perold. Le Pinotage résulte du croisement de deux cépages français : le Pinot Noir et le Cinsault. L’objectif poursuivi par Perold était de produire une variété de raisin qui développerait les qualités de ses deux parents, à savoir le profil gustatif des bons vins de Bourgogne et la capacité à résister aux principales maladies de la vigne.

    Si le deuxième objectif est atteint, cela n’a pas toujours été le cas du premier. En 1976, de grands sommeliers Britanniques vinrent déguster des Pinotages d’Afrique du Sud et déclarèrent que le cépage n’avait pas d’avenir. De nombreux producteurs décidèrent dès lors d’arracher leurs vignes et de planter d’autres variétés plus « internationalement » reconnues. Certains irréductibles choisirent malgré les risques commerciaux de poursuivre l’aventure du Pinotage et consacrèrent leur vie à améliorer la qualité des vins. Leurs efforts furent récompensés par plusieurs prix internationaux, donnant ainsi un nouveau souffle au cépage et surtout une reconnaissance et une visibilité sur le plan international!

    L’Afrique du Sud peut également se targuer d’avoir les sols les plus anciens de la planète, formés il y a quelques 500 millions d’années et offrant une diversité géologique (schiste, granit, argile, sable) très intéressante pour la culture de la vigne. Ainsi, les zones de production sont divisées en régions, districts et wards, en fonction de leur micro-climat propre essentiellement lié à la nature du sol et aux influences océaniques. Parmi les meilleures régions de production, on retrouve Stellenbosch, le Cap, Swartland ou encore Franschoek.

    Enfin, il n’y a pas de grands vins sans grands vignerons et sans prescripteurs pour les faire connaître et reconnaître. Et au cours de ce voyage, j’ai eu l’occasion de rencontrer de vrais passionnés, qu’ils travaillent dans la production, dans la recherche ou dans la commercialisation. Ils sont convaincus de la qualité des vins qu’il est possible de produire en Afrique du Sud, de manière durable, équitable et éthique. C’est peut-être là, dans cette énergie positive et cette volonté résolue d’avancer, de rechercher à produire la quintessence des vins, que résidera le succès commercial des vins sud-africains de demain.